Ce test est le premier d’une série d’articles ayant pour but de traiter le jeu-vidéo sous un angle différent de celui de la presse spécialisée (qui ironiquement, est grand public) en se focalisant sur des caractéristiques souvent mises de côté comme la compétitivité ou les divers aspects sociaux directement liés au multijoueur.
Cependant, l’objectif n’est pas de toucher les dénommés « hardcore » ou « pro » gamers mais plutôt de faire découvrir de nouvelles façon d’aborder ce loisir qui, à l’ère du numérique, fait quasiment parti du quotidien.
Sans aller chercher dans des concepts ou accessoires farfelus, il sera question ici par exemple de jeux connus du grand public dérivés en « metagames » qui sont tout simplement une modulation, adaptation, ou réglementation d’un jeu déjà existant sous d’autres paramètres pour le rendre plus amusant, plus compétitif ou tout simplement meilleur. Un regard sera également porté sur des jeux plus obscurs, mais ayant un potentiel social souvent inexploité ou du moins méconnu.
Battlefield Heroes n’est peut-être pas l’incarnation parfaite des caractéristiques sus-citées, mais il est représentatif d’une tendance très populaire en ce moment : le online gratuit. Comprenez ici des jeux de tous genres, fournis gratuitement via un site officiel qui est très souvent le cœur de la communauté de ses joueurs. Le financement d’une telle chose se fait soit par l’intermédiaire de la publicité sur le site et/ou dans le jeu en lui même. Ou par du contenu supplémentaire dont l’obtention cette fois ci requiert de l’argent bien réel.
Concept très longtemps exclusif aux MMORPG (Jeux de rôle online massivement multijoueur) à petits et moyens budgets de développement, on constate depuis peu que les Shooters strictement multijoueur qui sont proposés via cette même idée de quasi-gratuité ont un public grandissant. Cette constatation s’était déjà faite avec l’ouverture au public de Quake Live, qui n’est ni plus ni moins que Quake III imbriqué dans un site communautaire complet.
Alors qu’en règle générale le site officiel d’un jeu est utilisé par ses développeurs et éditeurs pour en faire sa publicité et assurer un support technique et des mises à jour, ici on a une structure qui encadre le jeu et son multijoueur en ligne intégralement, la visite du site étant même un pré-requis pour lancer le jeu. C’est cette interdépendance qui est attractive car elle localise tous les aspects multijoueur en un même endroit, qu’ils soient communautaires (création de groupes/clans, système d’amis) ou propres au jeu (création/personnalisation de ses héros).
Mais revenons à Battlefield Heroes, titre marginal d’une saga crée en 2002 avec Battlefield 1942. Ici, les bases made in Battlefield du jeu de tir subjectif en équipe articulé autour de guerres et conflits mondiaux sont chamboulées. On a du coup devant nous un Shooter avec une vue à la troisième personne, et qui introduit des éléments du jeu de rôle comme l’expérience et la customisation d’un avatar.
Le plus grand changement étant bien sur les graphismes, basés sur un design cartoon et des couleurs vives qui estompent complètement le réalisme de la guerre. Ce choix graphique au rendu très enfantin permet au jeu de toucher tous publics, et de souligner l’objectif du jeu : le fun. Du coup, le raccourci « jeu pour enfants » est vite fait, mais il n’en est rien car même s’il est simpliste dans son design et son fonctionnement, Battlefield Heroes propose un gameplay et une technicité proche des autres Shooters en équipe plus « standards ».
Concrètement, après avoir créé son avatar, choisi sa faction et sa classe (fixes ad vitam eternam) sur le site officiel, libre au joueur de lancer le jeu et d’aller tâter du champ de bataille. Premier bémol : impossible de choisir son serveur de jeu, le système de « matchmaking » (recherche de partie automatisé) se charge d’envoyer notre héros dans une partie qui lui correspond plus ou moins, selon différents paramètres, comme l’ELO (système de classement individuel, choix étonnant pour un jeu d’équipe).
Une fois en jeu, l’objectif est similaire à ce qu’on connaît déjà avec Battlefield : deux équipes sont larguées sur une des cinq cartes disponibles en ayant pour but de prendre le contrôle de la zone, via la capture de ses quatre points stratégiques marqués par des drapeaux. À chaque mort d’un coéquipier, l’équipe perd un ticket parmi les cinquante qui lui ont été donnés au départ. Lorsque le compteur indique zéro, l’équipe adverse remporte la victoire. Tout se joue donc sur la survie et le nombre de soldats tués, avec une petite subtilité supplémentaire cependant, puisque le nombre de tickets perdus par mort dépend directement du nombre de drapeaux contrôlés par son équipe, il est donc toujours avantageux d’avoir le contrôle de la zone avant de chercher à tuer à tout va.
Battlefield Heroes propose trois classes jouables : Soldier, Gunner et Commando, chacune offrant un gameplay très différent. Le Soldier représente l’infanterie de base, ayant un panel de techniques et d’armes variées pour être utile en toute situation, alors que le Gunner est plus axé dégâts rapides et combat rapproché. Enfin, le Commando pourra être joué au choix comme tireur d’élite ou assassin, profitant de sa furtivité pour chopper les bons angles de tir ou poignarder quelques soldats isolés. Cette diversité s’accompagne d’un système de compétences permettant de se spécialiser et choisir ou améliorer les techniques de son héros en fonction de son niveau d’expérience. Comme tout Battlefield qui se respecte, on a aussi le droit a un trio de véhicules : jeeps, tanks et avions, chacun proposant une maniabilité et un intérêt différents tout en améliorant la mobilité des troupes sur la carte. Des cartes qui ne sont pour l’instant qu’au nombre de cinq, un total décevant qui peut être un facteur de répétitivité.
Comme le design le suggère, Battlefield Heroes est donc un jeu fun, et on se surprend à sourire de tout événement qui sort de l’ordinaire. Écraser ses adversaires au volant de sa jeep et être crédité d’un roadkill ou bien encore d’un wingclip lorsque l’on arrive à faucher un sniper avec les ailes de son avion sont de grands moments de rigolade, et encore plus lorsqu’ils sont partagés avec les héros de sa liste d’amis, qui peuvent vous rejoindre à tout moment. Des emotes sont également présentes pour provoquer un peu ses adversaires (certaines étant payantes) ou bien faire le pitre devant vos collègues, et les tenues loufoques (les plus sympathiques étant bien entendu payantes) donnent de la couleur aux combats.
Cependant, le fun n’exclut pas un peu de technicité et un travail des développeurs sur l’équilibre des classes et des cartes. Même si le débat fait rage actuellement sur la suprématie des Commandos et la faiblesse des avions, on a affaire à un jeu relativement bien équilibré et varié pour pouvoir en profiter sans frustration. Le fait que le contenu payant soit uniquement superficiel et par conséquent ne déséquilibre pas les parties est une très bonne chose. Les qualités requises seront donc une bonne précision et un esprit vif plutôt qu’un portefeuille bien rempli.
Cependant, on ne peut que rester dubitatif devant le jeu qui nous est proposé. Le nombre réduit de cartes, les nombreux problèmes de connexion et les différents bugs sont contraignants. Ce genre de constat serait inacceptable pour un jeu sorti dans le commerce, tout en sachant que vouloir équiper son héros d’un costume complet coûte en moyenne trente euros soit la moitié du prix d’un jeu neuf. On a donc du mal à comprendre l’engouement et surtout l’investissement financier des joueurs tant les tarifs du contenu additionnel semblent pour l’instant inadéquats avec le contenu proposé.
Développeur : Digital Illusions CE
Éditeur : Electronic Arts
Site officiel : http://www.battlefield-heroes.com
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Très bon article !
Un regard plutôt objectif sur ce jeu gratuit. On ne sombre pas dans l’apologie ou dans la critique exacerbée, deux maux trop fréquemment rencontrés en matière de tests de jeux vidéo…
Vivement la suite de la série ! ^^
Très intéressant,
Je n’ai pas encore essayer ce Battlefield, mais il me donne envie. Le fait que le contenu payant ne soit pas à l’origine de déséquilibre au cours des partis est un énorme plus.
5 cartes c’est vrai que c’est peu, mais il faut sans doute prendre ce jeu comme un petit défoulement occasionnel plus qu’un jeu pour hardcore gamer impatient de connaître par coeur 15268 cartes et d’appeler chaque pixel par son petit nom après 35000h de jeu. En tout cas il n’y a pas de risque de passer trop de nuits blanches dessus
J’ai testé et je suis assez partagé. Habitué à jouer à Team Fortress 2 le côté cartoon m’enthousiasme moins. Non pas que je n’aime pas, c’est juste que j’ai déjà l’habitude de ce genre d’exercice. Ne pas pouvoir choisir son server est vraiment LE gros point négatif, pour jouer avec un ami on a du galérer pendant bien 5-10 minutes. Par contre en jeu j’ai bien rigolé, ça mériterais que je me penche un peu plus dessus. Les joueurs dépenserons peut-être beaucoup d’argent car ce sera fait petit à petit et donc passera mieux, sans qu’ils se rendent compte que le jeu n’est peut être pas à la hauteur de l’argent donné.